De plus en plus de guitaristes optent à l’heure actuelle pour l’acquisition d’un deuxième ampli « de travail » lorsqu’il s’agit de jouer dans des environnements plus contraignants qu’un local de répétitions insonorisé ou une salle de concerts. En effet, les amplis utilisés en live ou en répète nécessitent souvent un volume conséquent pour être exploités au maximum de leurs capacités. Exploité à faible volume, le son lampe perd nettement de sa qualité et amène le guitariste à reconsidérer la puissance de son ampli.
Les constructeurs ont bien compris ce besoin « d’avoir du bon son à faible volume » et commencent depuis quelques mois à proposer des amplis lampes à faible puissance, beaucoup plus facilement exploitable à la maison (en gardant la possibilité d’être repiqués dans la sono pour des répètes et autres concerts).

Si je suis bien conscient que c’est avant tout l’attrait pour l’achat de « quelque chose de nouveau » (avec le lot de découvertes et expérimentations possibles) qui prime lorsque les guitaristes achètent ces nouveaux petits amplis, j’ai pu constater que ce n’est ni la seule, ni forcément la meilleure solution.

J’ai longuement réfléchi la problématique et j’en suis arrivé à me concevoir un « protocole d’utilisation et d’achat » (basé sur l’acquisition préalable de l’équipement adéquat) me permettant d’exploiter mon rig exactement comme je le veux; que ça soit en répète, en live ou dans le cadre de mon homestudio.
Dans la mesure où ce chaînage influence le type de matériel nécessaire, j’ai pensé qu’une petite explication exhaustive s’imposait pour les débutants et non-initiés qui désirent se lancer dans le monde captivant de la branlette sonore 😀

1. LE CONCEPT :

L’idée du protocole est de permettre 3 choses principales :
– Utiliser au maximum un ampli lampe puissant à faible volume,
– Jouer au casque avec un ampli à lampe,
– Enregistrer la guitare à faible volume et sans volume,

Le tout dans un encombrement minimum, facilement dissociable et transportable, me permettant travailler précisément le son que j’aurai en live (on va utiliser le même ampli ou combo pour l’usage live ET domestique) et en procurant évidement la meilleure qualité sonore possible d’enregistrement.

Voici la solution que je vais développer :

 

chainage home studio

 

Le son de la guitare amplifié au maximum (ici un Orange AD30 HTC : Clean : Master Max – Gain 8 (o’clock) // Crunch : Master 2/3 (o’clock) – Gain 6 (o’clock)) va dans la DI. Le signal prend alors deux chemins différents :
– il continue vers le réducteur de puissance THD Hot Plate qui, une fois réglé selon vos besoins, envoi le son dans le cab branché (un 1×12 Mesa Boogie à la maison et 4×12 Ampeg en live) au volume désiré.
– il est envoyé vers l’interface d’enregistrement/table de mixage (line) tout en étant agrémenté d’une simulation de speakers au rendu assez réaliste. Il me suffit de connecter un casque à la table de mixage pour faire gueuler l’ampli à n’importe quelle heure de la nuit. (évitez d’être bourré et de devoir faire le câblage le soir même : vous risquez de réveiller l’immeuble en vous trompant)

2. MATOS :

La logique d’achat

Il s’agit de considérer à la fois l’utilisation live et domestique du système d’amplification. Si un combo 1×12 ou 2×12 est une solution pratique en terme d’encombrement et de facilité de déplacement, l’arrière de l’appareil (et plus particulièrement la connexion ampli/speaker) n’est pas toujours accessible facilement (nécessitant parfois un système d’allonges de jack pour réaliser un chaînage dans le genre). Cela reste néanmoins une solution pratique et envisageable.

Le choix de la solution ampli/cab autorise quant à lui plus de libertés sur le choix du matériel utilisé tout en n’ayant qu’un encombrement légèrement supérieur au combo. Si la hauteur de mon couple Orange/MesaBoogie dépasse un peu la hauteur standard d’un combo, il permet d’être transporté plus facilement (la tête dans une main, le box dans l’autre : le poids est réparti) et se révèle parfois plus pratique à caser dans le coffre d’une voiture (mieux coincés, plus stables).
Mieux : pour les heureux possesseurs de 2 box : un 4×12 dans le local, 1×12 dans le homestudio et vous ne transportez que votre tête d’ampli et votre câble speaker !

Au niveau des possibilités de box, je pense qu’un 1×12 suffit amplement à aux prises de sons dans le cadre d’un homestudio. (d’autant plus que le Mesa sonne très très bien…) Si votre tête est plus grande qu’un box 1×12 comme c’est le cas pour ma Marshall 30th anniversary (voir photo ci-dessous), rien ne vous empêche d’opter :

– soit pour un 2×12 qui « comblera les trous » sous l’ampli, stabilisera l’ensemble et vous garantira une meilleure diffusion (est-ce bien nécessaire pour jouer à faible volume chez soi ? …). En comptant cependant sur le fait que le cab 2×12 peut s’avérer suffisant pour une utilisation live. (le 1×12 qui pourrait suffire, mais à condition d’être repiqué dans la sono pour les salles moyennes et grandes),

– soit de mettre la tête sur un meuble à coté (ou au dessus) avec le cab à terre à côté ! Personne n’a jamais dit que la tête devait être sur le cab pour fonctionner 😉 (oui c’est bête, je sais…)
J’ai personnellement acheté un petit meuble Ikea pour caser tout le brol. Plein de solutions s’offrent à vous : ne les négligez pas !

Marshall 30th anniversary

Attention également à l’impédance lorsque vous achetez votre matériel. 4, 8 ou 16 Ohms, l’impédance de votre box et de votre ampli doit correspondre sous peine de détériorations malvenues. A noter également qu’il existe un modèle différent de THD Hot Plate (réducteur de puissance) par impédance. Il s’agit donc de prévoir l’impédance qui sera commune à tous vos amplis (actuel(s) et futur(s)) ! Ceci simplement pour vous éviter d’acheter un deuxième box ou  un deuxième Hot Plate 😉

Dans mon cas, mes box peuvent fonctionner tous les deux en 8 Ohms, à l’instar de mes amplis Orange et Marshall. J’ai donc choisi un Hot Plate 8 ohms pour réduire leur puissance. (et si je fais l’acquisition d’une nouvelle tête, elle devra fonctionner en 8 ohms aussi)

Bref, à vous de choisir la solution qui vous convient le mieux, selon vos goûts et les disponibilités des amplis au format désiré. Combo ou tête/box, choisissez votre ampli sans vous préoccuper de l’aspect « bien sonner à la maison ». La solution n’est pas loin…

Brider la puissance :

Il existe plusieurs types de réducteur de puissance. Pour ma part, j’ai choisi un des maître achat en la matière à l’époque : le THD Hot Plate. Comme écrit plus haut : à chaque impédance, son Hot Plate (et sa couleur dégueu…). Il se place entre l’amplificateur et les speakers et permet d’obtenir la disto « full output » d’un ampli lampe à bas volume.
Le son lampe : le son qui claque, qui tue la mort (et sa fille), celui qui vous englobe, qui vous donne des frissons et qui ne sature jamais vraiment pareil. Ou plus sérieusement : la réponse aux attaques, la dynamique et la saturation pleine de chaleur typiques des lampes chauffées à blanc : LE son du Rock, mais en sourdine ! (« sourdine » relative car le Hot Plate peut accompagner en répétition et en live dans les petites salles ou vous savez que mettre le master au dessus de 3 vous fera tomber le plafond sur la tête…)

 

thd hot plate

Très simple à utiliser, le THD Hot Plate possède 2 boutons de réglages :

– celui de gauche vous permet de sélectionner rapidement une diminution graduelle de puissance de -0 à -16db. Le dernier mode : LOAD, vous permet de couper complètement la sortie speaker. A utiliser lorsque vous enregistrez à partir de la DI ou si vous jouez au casque.
(pour rappel : en temps normal, il est INDISPENSABLE qu’un ampli à lampes soit branché à un speaker lorsqu’il est sous tension. Le mode LOAD absorbe la charge de l’ampli à la place du speaker; rendant la connexion de celui-ci inutile. – mais laissez le quand même branché ;-))

– Activé lorsque le bouton de gauche est positionné sur -16db, le bouton de droite permet de réduire le volume jusqu’à extinction quasi totale. C’est le mode que vous utiliserez pour entretenir de bonnes relations de voisinage.

A côté de ces deux boutons de réglages, le Hot Plate propose deux correcteurs :
– Bright : diminue les aigus (quand activé)
– Deep : diminue les basses (quand activé)

Également présent, un interrupteur BULBS active une lampe servant de noise gate. Personnellement je ne vois pas beaucoup de différence…

Le Hot Plate fonctionne aussi bien avec un combo qu’avec une solution tête/box, à la différence qu’il vous faudra peut-être une allonge de jack (avec éventuellement les risques de perte de signal et les difficultés de branchements selon les modèles d’ampli) pour faire les liaisons section ampli -> hot plate -> speaker.

Dernier aspect positif : l’appareil ne nécessite aucune alimentation supplémentaire (l’excuse de la place manquante sur votre multi-prises fétiche pour ne pas l’emporter en concerts tombe donc à l’eau…)

Enregistrer sa guitare :

Pour enregistrer la guitare comme je le souhaite, j’ai besoin d’une interface audio, d’un micro, d’une DI et d’un ordinateur. Je voulais pouvoir procéder de deux manières différentes :

– 1 micro + 1 line :
Le son qui sortira du baffle (avec un volume réduit mais suffisant (toujours avec les lampes chauffées à blanc !)) sera enregistré grâce à un Shure SM57 placé à une dizaine de centimères devant le centre du speaker. Reliée à une petite interface TC Electronic Konnekt 6 Desktop à l’instar du micro pré-cité, la DI amène quant à elle le signal directement dans la table. Cela me donne deux sons légèrement différent pour chaque prise, que je peux mélanger, morceler ou modifier à ma guise. Cela implique néanmoins un volume plus conséquent. (plutôt en journée donc… et pas un dimanche)

– 1 line :
En positionnant le Hot Plate sur LOAD, je coupe le son du speaker. Dès lors, seule la DI amène le son dans la table. Cela permet d’enregistrer vos idées ou simplement jouer au casque à n’importe quelle heure du jour ou (surtout) de la nuit : bonheur.

Revenons en à l’équipement nécessaire :

Avant d’être considérablement réduit par le Hot Plate, le signal passe à pleine puissance dans une Direct-box Palmer « The Junction » PDI09.
Quand un micro placé devant les speakers capte un son, il en prend (notamment) en compte les paramètres de l’environnement dans lequel la prise de son a lieu (ce qu’on appelle communément ‘Room‘, une espèce de reverb caractéristique à chaque pièce. Chantez dans votre salle de bain puis dans votre salon, le résultat n’est pas le même : le micro en prend compte également). La DI permet de passer outre ce Room (qui peut parfois être désavantageux) et d’amener le signal directement dans l’interface audio en y apportant une simulation de speaker, pour faire « comme si ».
Pour rappel, le son d’une guitare amplifiée dépend à la fois de l’ampli et des speakers utilisés : si le signal ne passe pas dans les speakers, on perd forcément une empreinte caractéristique importante du son (c’est le son atypique que l’on entend avec une DI classique). La DI Palmer propose donc une émulation de speaker très convaincante avec 3 choix possibles :
– Normal : 2×12 ouvert
– Mellow : American Vintage Speaker, pour un son plus doux
– Bright : British speaker, pour un son plus agressif

Di Palmer the junction

En outre, la DI propose également un réducteur de puissance mais je ne l’utilise pas.

La TC Electronic Konnekt 6 Desktop m’a quant à elle séduite par son format et son look sexy. Ayant une absolue confiance en la qualité des produits de la firme danoise (et m’étant également bien renseigné avant), j’ai trouvé exactement ce que je cherchais en matière de facilité d’utilisation, de qualité sonore et d’encombrement. Peu importe l’interface que vous possédez, cela n’influe en rien le fonctionnement du chaînage à partir du moment où elle possède une sortie casque.

Une fois les branchements entre les différents appareils réalisés, il vous suffit d’allumer votre ordinateur, de lancer votre logiciel audio préféré et de jouer ! Selon le mode d’utilisation choisi (mic+line ou line), le programme vous enregistre 1 ou 2 pistes en simultanés. Simple à souhait et permettant beaucoup d’expérimentations.

 

 


3. CONCLUSIONS :

La personne n’ayant que peu d’intérêt pour la recherche du Son se contentera d’être amplifié moyennement. « C’est pas grave, c’est à la maison »…  Il m’est très fréquemment arrivé de rencontrer des guitaristes aux matos live de dingue jouant sur un Marshall MG15 et autres merdes sans nom à la maison… (prenez un PocketPod chez Line6 dans ce cas…)
Mais pourquoi pas après tout ? D’autant plus qu’il existe de bons VST qui permettent d’enregistrer les guitares dans votre logiciel préféré : il est possible d’enregistrer ses maquettes (voir démo) à la maison de manière correcte et sans faire trop de bruit !
Qui suis-je pour juger ? Chacun son trip musical après tout 😉

De l’autre côté, l’amoureux du son (ou simplement le mec qui envie de jouer sur sa tête le plus souvent possible plutôt que de la laisser dormir au local entre deux répètes ou live) va se retrouver combler d’entendre sa bête de scène sonner calmement dans la chambre. C’est à lui que je m’adresse, celui qui veut du son lampe chez lui aussi : « Alors ? on ramène le 100w du local ou on achète un 5w lampes ? »

Au niveau des coûts, le chaînage que je propose peut paraître plus gourmand financièrement que la solution du deuxième petit combo. Il faut cependant considérer qu’une bonne partie du matériel nécessaire à l’enregistrement est commun aux deux solutions :
– Il vous faudra de toute manière une interface audio (La Tc Electronic Desktop pré-citée est aux alentours de 250 euros),
– Vous aurez soit besoin d’un micro devant ou d’une DI de qualité pour sortir en line. La DI Palmer présentée plus haut coûte environ 90 euros. (ou alors vous optez, comme moi, pour les deux)

Si on fait les comptes :

THD Hot Plate : 400 euros
Cab 1×12 : entre 100 et 350 euros (n’hésitez pas à aller voir du côté de l’occasion)
Soit un total se situant entre 500 et 750 euros selon le modèle de cab choisi.

Le petit combo lampes quant à lui, pour autant que l’on vise la même qualité que la « bonne » tête utilisée en live, tourne entre 300 et 600 euros également (Blackstar, Orange, Fender, …)

Je peux vous assurer qu’au moment de sortir 400 euros pour le Hot Plate, on se pose des questions genre « Jprendrais pas plutot un petit ampli pour ce prix la ? » « Tout ça pour ça ? » … et bien oui, mais ça les vaut ! Quel plaisir de retrouver les caractéristiques du son lampe à chaque fois ! (J’ai longtemps repoussé l’achat de mon Hot Plate… c’est maintenant que je l’ai que je me dis que j’aurais dû commencer par ca !)

La différence n’est donc pas assez significative pour ne regarder que le facteur prix. Si on considère le facteur temps de jeu, la différence en terme d’utilisation est assez impressionnante. Calculons un petit ratio sur base de l’exemple suivant :

1 guitariste répète 2x par semaine pendant 2h30 et joue 1h par jour sauf le mardi soir ou il a aquagym. Ce qui fait 5h de répétition (2 jours) et 6h pour les 6 autres jours de la semaine.

Ce qui nous donne :
Ampli live : 5h/semaine -> (x52) = 260h/an -> 0.71 (h/jour)
Ampli domestique : 6h/semaine -> (x52) = 312h/an -> 0.85 (h/jour)
1 seul ampli : 10h/semaine -> (x52) = 520h/an -> 1.43 (h/jour)

Au prix d’un ampli live digne de ce nom, ça fait plutôt mal de l’utiliser en moyenne 40 minutes par jour sur l’année (contre 1h25 dans le cas d’un seul ampli). Faites vos calculs en fonction de vos utilisations, ca peut vous surprendre 😉
En ce qui me concerne, je ne répète qu’une fois par semaine et je joue environ 1h30/2h par jour : j’avais tout intérêt à opter pour la solution d’utiliser ma tête à la maison sans quoi je ne m’en servirais pour ainsi dire jamais.


4. POINTS FORTS – POINTS FAIBLES  :

Voici donc en guise de récapitulatif les points forts et points faibles qui vous permettront de vous faire une idée sur les possibilités qu’offre ma logique d’achat et d’utilisation :

+ jouer et enregistrer à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit
+ me permet d’exploiter ma tête au maximum au quotidien et d’en capter toutes les nuances de réglages
+ travail sur mon son live et studio directement
+ déplacement réduit entre homestudio et local de répètes (si 2 box)
+ configuration tête/box facilement modifiable (en cas d’upgrade ou de panne)

– faut réfléchir un peu avant (la bonne impédance, le bon choix de puissance, etc…)
– le coût légèrement supérieur de la solution tête/box (faut ce qu’il faut certes, mais ici ça sonne nickel : pas de compromis sur le son !)

Je ne prétends pas détenir LA solution ultime : c’est simplement celle qui me convient le mieux.
Je la partage (avec passion :p) en espérant que cela servira à d’autres 🙂 (j’aurais été content de lire ce genre d’article au début…)

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