« Quand faut il changer les lampes de son ampli ? » est une question assez complexe pour une majorité de guitaristes, expérimentés ou non. Et pour cause : ce n’est pas quelque chose que l’on remplace tous les jours ! Voici quelques pistes qui devraient désormais vous éclairer un peu plus sur ce vaste thème.

Préambule : ampli/préampli et lampes

Un amplificateur à lampes comprend 2 sections principales : le préampli et l’amplificateur de puissance.
Le préampli amplifie et offre le contour tonal d’un signal provenant d’un micro (d’une guitare par exemple); il est équipé de petites lampes de faible puissance (12ax7/ECC83/…).

L’amplificateur de puissance quant à lui amplifie le signal traité (après le préampli) pour donner le volume final à l’ampli; il est équipé de grosses lampes (EL/6L/KT, …) de plus forte puissance que celles du préampli. Il donne la tonalité globale de l’ampli; la couleur spectrale.

Les lampes vont, selon leurs caractéristiques (matériaux utilisés et taille des composants, volume et épaisseur du globe de verre, provenance, …), faire qu’à puissance égale, elles ne travaillent pas toutes dans les mêmes conditions; certaines saturant plus tôt que d’autres ou accentuant plus telles ou telles fréquences.
Notez également que les appellations anglaises ‘tube’ ou ‘valve’ (équivalent anglais de ‘lampe’, souvent utilisés en français) sont synonymes.

 

Introduction : Pourquoi changer les lampes de son ampli ?

Les différentes lampes sont soumises à des forces mécaniques et, donc, s’usent. C’est la principale raison qui fait qu’on les change : elles ne fonctionnent plus, ou plus aussi bien qu’avant. La logique du rasoir d’Ockham nous indique la réponse la plus appropriée : Quand faut-il changer ? Lorsque c’est nécessaire. Ni plus, ni moins.

Une certaine vigilance est néanmoins de mise pour diagnostiquer les premiers symptômes à temps dans le but d’éviter un relampage complet alors que le remplacement d’une lampe aurait suffi (voir par après).

D’autre part, changer les lampes de son ampli peut être envisagé avec une motivation différente. J’entends par là que vous pouvez modifier le comportement et affiner le rendu global de l’ampli : customisation en vue de la personnalisation de votre son dans les moindres détails : le Fine Tuning, la Quête de VOTRE Son.

Cassons certains mythes

Que ce soit pour un tube de préamp ou de puissance, sa vie est liée à la capacité d’émission d’électrons de la cathode (via le chauffage). Cette capacité peut se mesurer grâce à un lampemètre et c’est ce que fera un technicien en plus de vérifier l’ensemble de l’ampli lors d’un entretien.

Si les fabricants et distributeurs de lampes annoncent des durées de vie pour leur matériel (environ 4000h pour les lampes de préampli et 2000h pour les tubes de puissance), elles sont théoriques avant tout, car l’usure des lampes va dépendre de la combinaison :
– du type d’ampli,
– de la qualité des lampes installées,
– du type d’utilisation que vous avez de l’ampli,
– de la fréquence d’utilisation,
– des conditions d’utilisation.

En d’autres termes :
– certains amplis sollicitent davantage les lampes que d’autres,

– disparité dans les productions, qualité du triage et du packaging, conditions d’acheminement, de stockage, de montage, de réglages, … beaucoup de paramètres sont susceptibles de nuire à la qualité de fonctionnement d’une lampe tout au long du chemin menant à votre ampli. Et une fois dedans, encore faut-il que l’ampli soit réglé/optimisé pour les lampes.

– certes c’est dans leurs derniers retranchements, chauffées à blanc, que les lampes délivrent toutes leurs harmoniques, ca n’empêche que ce type d’utilisation use davantage vos lampes. Généralement le volume sonore est tel que ça n’arrive pas très souvent (je pense aux modèles 100w et certains autres monstres du genre ac30 ou twin), à moins que l’on passe par un atténuateur de puissance pour se permettre d’avoir l’ampli dans son sweet spot et/ou de le faire saturer à plus faible volume (par exemple avec un Bassman).

– plus vous utilisez l’ampli fréquemment et pendant de longs run, plus les lampes s’usent vite dans le temps. Ce qu’il faut regarder, ce sont les heures d’utilisation (et donc l’intensité également (cf. point précédent).

– il y a d’une part l’usure naturelle et normale (points cités ci-dessus), mais il y a aussi les usures « forcées » par exemple : le supplice de la route pavée de 4 km avec son lot de vibrations, l’humidité, la température et ses variations dans lesquelles l’ampli fonctionne/est entreposé, le fait de déplacer (et secouer) l’ampli une fois qu’il a refroidi (les lampes sont plus vulnérables lorsqu’elles viennent d’être chauffées), … Toutes ces conditions interviennent dans la fragilisation des lampes et donc, dans leur durée de vie.

Alors NON, les lampes ne DOIVENT pas être changées tous les x temps; mais PEUVENT.
 Il n’y a pas de règles établies, tout dépend de votre utilisation… et d’une part de chance.
Une lampe peut donc durer 1 mois comme plus de 20 ans; et être toujours en bon état de fonctionnement.
Une lampe jamais ou très peu utilisée, et bien stockée pourra encore servir des dizaines d’années plus tard ! Exemple avec les lampes dites NOS (New/Nearly Old Stock) qui datent des années 40 à la dernière décennie et qui sont réputées pour leur grande qualité de fabrication; et donc très recherchées des audiophiles avertis.

Réparation – Premiers symptômes, premiers soins

Voici quelques signes indiquant une défaillance (arrivée ou prochaine) des lampes avec la section de l’ampli plus que probablement touchée :
– Lampe cassée/grillée/ne s’allume (ne brille) plus, (celle qui n’a plus la même tête que ses copines)
– Perte des fréquences basses et aigues, (préamp)
– Augmentation du bruit général de l’ampli, (préamp)
– Souffle/buzz important, (puissance)
– Manque de définition/son qui apparait comme brouillé, (préamp ou puissance)
– Parasites/Microphonie (bruits aigus superposés au son), (préamp ou puissance)
– Perte/Manque de dynamique (l’ampli sonne « mou »), (puissance)
– Perte de volume, (puissance)
– Fusible qui brule à l’allumage. (préamp ou puissance)

Lorsqu’un ou plusieurs de ces points apparaissent, le problème est d’identifier le ou les fautifs.
Avant tout, il me semble utile de préciser que seuls les personnes ayant des connaissances en électricité sont conviées à ouvrir leur amplis. 350v en courant continu, ca fait très mal !! Il y a des risques, peu importe la section sur laquelle vous travailler et que l’ampli hors tension ou non (si les condensateurs ne se déchargent pas automatiquement par exemple). Bref si vous hésitez, passez par un pro ! (voir par après)

L’idée est de remplacer tous les tubes de preamp simultanément dans un premier temps :

– Si les symptômes disparaissent, vous remettez un par un vos anciens tubes, jusqu’à identifier clairement le ou les tubes défectueux.
Pour les problèmes spécifiques de microphonie, une solution alternative est de taper très légèrement avec la pointe d’un bic (ndlr : de préférence en plastique, moins conducteur que le carbone d’une mine de crayon) sur les différentes lampes avec l’ampli sous tension (à nouveau : ne mettez pas vos doigts n’importe où !). Le ou les tubes souffrant de microphonie vont amplifier d’une manière excessive le bruit et résonneront dans les enceintes.

– Si les symptômes persistent, le problème peut venir soit de l’étage de puissance, soit d’ailleurs dans l’ampli. Dans les deux cas, il est très fortement recommandé de passer par un technicien professionnel.

 

Pourquoi un pro ?

L’étage de puissance est un peu différent que le préamp dans le sens où il nécessite un réglage particulier pour fonctionner de manière optimale : le réglage du bias, qui correspond grosso modo à ajuster la valeur de la (des) résistance(s) histoire de faire fonctionner le tout dans la plage optimale des lampes utilisées. Un peu comme l’équilibrage des roues d’une voiture : c’est bien de changer de pneus, mais ce n’est pas suffisant pour faire rouler votre carrosse droit. Ce réglage s’effectuant ampli ouvert et allumé en triturant directement à proximité de courant à haute tension (danger !) : il est préférable de laisser ce travail à un expert et de minimiser ainsi les accidents de type électrochocs.
Par ailleurs, les lampes ne sont pas les seuls éléments susceptibles d’être à l’origine d’une dégradation d’un ampli ou d’une panne, l’option d’un technicien vous fera gagner un temps précieux dans la solution du problème (sans compter les risques et énervements potentiels). C’est l’occasion de lui offrir un petit entretien par la même occasion 😉

Vous pouvez néanmoins changer les lampes de puissance sans réglage du bias sous certaines conditions. Les lampes de l’étage de puissance fonctionnent généralement par paire et il convient de les remplacer par des lampes appairées (matched en anglais). Sans réglage de bias, optez pour une paire de lampes bien triées ou une valeur sûre. Cette option doit rester temporaire, car un mauvais réglage du bias affecte directement la durée de vie de la lampe et l’équilibre général de l’ampli. Notez également que certains amplis ont un bias fixe, d’autres un bias commun à toutes les lampes et d’autres avec bias indépendant sur chaque lampe. Le sujet est aussi vaste que complexe, chaque ampli ayant des caractéristiques différentes, le mieux est de laisser faire les professionnels pour avoir un rendement optimal.

 

Évaluer l’usure et les changer à temps

Évaluer l’usure (hors pannes et problèmes) peut donc se faire via 2 méthodes :
– de manière précise et objective : le lampemètre,
– de manière subjective : votre oreille.

La première méthode se fera de manière ponctuelle, lors de l’entretien de votre ampli chez un technicien par exemple. La qualité audio de la lampe ne dépend cependant pas que des résultats sur le lampemètre : une lampe rodée peut toujours donner d’excellents résultats.
La méthode subjective est évidemment plus fastidieuse. L’oreille humaine tend à s’habituer à ce qu’on lui donne et on ne décèlera pas de changement flagrant dans le cas d’une usure standard.

Une bonne connaissance de votre ampli est requise, ou à défaut, restez à l’affut des points cités plus haut (cf Premiers symptômes) car dès qu’une lampe présente des signes de faiblesses, elle entraîne dans sa chute ses congénères alors brutalement appelées à compenser la perte de puissance induite. Dans ce cas de figure, ce n’est pas une, mais toutes les lampes de la section qui devront être changées, avec le surplus financier que cela représente.

Une autre solution est d’enregistrer un sample de votre couple guitare / ampli une fois que ce dernier vient d’être relampé. Ce semble définira le son « de base » et vous pourrez ainsi comparer par la suite. Dans le même genre d’idée (ou en complément du sample), notez quelques observations ou attribuez des cotes après le relampage et comparez quelques mois après. (exemples : la saturation commence au réglage Gain 4 / Master 10, les aigus sont très brillants, …)

Pour résumer jusqu’ici :
– Changez de lampes quand il y a un problème ou que vous n’aimez soudainement plus le grain de votre ampli. Ne les changez pas « parce que ca fait longtemps que vous ne l’avez pas fait » si vous êtes toujours content du rendu.
– Soyez attentif aux dégradations des lampes pour les changer à temps.
– Si vous n’identifiez pas la panne, que vous avez un doute sur la marche à suivre ou que vous voulez avoir une idée précise sur l’usure de vos tubes : l’option du technicien est chaudement recommandée.

 

Customisation / Fine Tuning

Comme annoncé dans l’introduction, il est possible de modifier le comportement et affiner le rendu global de l’ampli. Les lampes ont en effet des caractéristiques qui leur sont propres et qui influent sur le son. A nouveau, ce n’est pas une science exacte et cela dépend d’une somme de paramètres importants.

Vos oreilles sont les seuls maîtres (peut-être votre portefeuille aussi) et il faudra tester des lampes, les inter changer dans l’ampli et passer beaucoup de temps dessus. Si ca ne pose pas trop de problèmes au niveau du préamp, l’étage de puissance devra être réglé à chaque fois (dans la mesure où on se lance dans du Fine Tuning, il va de soit que l’ampli doit être parfaitement réglé en toute circonstance afin d’exploiter les lampes au maximum pour faire votre choix).

Il me parait cependant important de notifier que les lampes influent pour environ 10% du son du guitariste. Le signal de la guitare (avec ses spécifications micros, bois, etc.) est traité par un ensemble de composants (alimentation, transformateurs, condensateurs, câbles, soudures, …), dans un circuit spécifique, qui « drive » certains types de lampes, et qui vont dans un certain speaker, etc…
La qualité globale d’une chaîne est déterminée par la qualité de son maillon le plus faible : l’optimisation doit donc se faire d’une manière globale et étudiée.
A mon sens, il est inutile de taper 500 euros pour des lampes NOS haut de gamme si c’est pour placer dans un ampli usine; d’autres lampes standards de productions actuelles (bien moins chères) feront aussi bien l’affaire. Il vaut mieux, à mon sens, commencer par changer de speaker qui influence beaucoup plus le rendu global de l’ampli.

Dernière précision : n’espérez pas non plus transformer votre Fender en Marshall ou vice versa, on est dans les nuances (10%…) et on va modifier le comportement de l’ampli, pas sa nature. (crunch plus tot ou plus tard, plus ou moins de basses ou aigus, son plus droit ou plus rond, …). Si vous n’aimez plus le son de votre ampli, changez en, tout simplement (les goûts évoluent…)

Maintenant que vous savez quand les changer, un prochain article développera les différents types de lampes afin de faire votre choix. A suivre !

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