Étant assez fan du concept modulaire de la Lunchbox, j’ai fait évoluer encore un peu le Music Lab avec l’addition de nouvelles possibilités au format 500.

Avant d’entamer une série d’articles à propos de ces modules audio, il me semblait utile de rappeler ce qu’on entend par format 500/500 series ou lunchbox dans un petit dossier dédié.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voici brin d’histoire pour se mettre dans le contexte.

Créé par API, embrassé par la communauté

API est un mastodon du monde de l’Audio Pro qui propose depuis la fin des années 60 des consoles d’enregistrement de hautes qualités. Quand on parle de « son américain » en matière d’enregistrement, c’est à Automated Process Inc que l’on fait référence.

Les tranches de leurs consoles si réputées comportaient différents slots dans lesquels étaient insérés les modules de compression et d’égalisation. Dès la moitié des années 70, des ingénieurs du son ont commencé à compiler ces modules hors console pour se constituer des rigs faciles à transporter dans des racks faits maison ; le son API en prime.

Console API 2488 vintage – vendue sur Reverb.com par Sphere Recording Consoles

 

La société Aphex faisait partie de 1er fabricant à proposer un rack pouvant accueillir les fameux modules API en plus de leurs propres modules.

Sous l’impulsion de ces pionniers, API sorti en 1985 son premier châssis destiné à accueillir une alimentation pour 2 puis 10 slots. API déposa la marque Lunchbox qui sert désormais d’appellation générique pour ce type de format.

D’autres constructeurs ont commencé à produire à ce format spécifique des modules qui étaient soit des versions repensées de leur création au format rack 19″, soit des modules spécifiquement conçus pour la Lunchbox. Le problème étant que toutes ces créations ne fonctionnaient pas toujours correctement selon les situations ou n’étaient pas toujours compatibles avec le châssis d’API.

Le constructeur américain créa finalement la VPR Alliance en 2006, un canevas spécifique pour concevoir et produire des modules 100% compatible. L’initiative a été annoncée comme sans frais pour les concepteurs (le fait de faire tester et valider ses modules par API, notamment) et salué par l’industrie tout entière : c’était nécessaire d’établir des normes.

De nos jours, tous les fabricants suivent ces normes sans se préoccuper de demander l’avis du constructeur américain : la plupart de modules non estampillés VPR Alliance fonctionne sans aucun problème (sous réserve d’avoir été produit après 2006). Aucune approbation n’est nécessaire, puisque ce format n’est ni sous brevet ni sous copyright.

Notez également que d’autres grandes marques proposaient leur format modulaire. Pour ne citer qu’eux : Neve, Solid State Logic ou Tube Tech ont proposé des racks et systèmes modulaires de différentes dimensions, sans que la communauté (et les autres concepteurs) n’embraye le pas – contrairement au format d’API qui est désormais LE système modulaire multi marques par excellence.

Ce système n’a pourtant jamais été prévu pour une utilisation autre que par API. C’est vraiment la communauté qui en a fait un standard en l’adoptant presque contre le gré des Américains. S’ils avaient pu prévoir cette évolution, vous imaginez bien qu’ils auraient cadenassé le système pour obliger les gens à leur verser quelques sous d’une manière ou d’une autre 😀 #BusinessIsBusiness

Le concept 500 series

Il s’agit d’un ensemble de modules audio au format standardisé qui sont insérés dans un même châssis qui s’occupe d’apporter la connectivité (entrée/sortie) et l’alimentation à chaque slot.

Il suffit de brancher les sorties des modules aux entrées line de votre carte son et vous voilà prêt à toucher de nouvelles sphères. Vous pouvez aussi sortir des outputs de votre carte son pour faire passer votre mix dans des modules avant d’aller dans les enceintes.Les possibilités sont multiples.

Il existe des modules de préamplis, des égalisateurs, des compresseurs/limiters, dessers, filtres, simulateurs d’enceintes et autres effets que vous chainer comme bon vous semble selon que vous les utiliser pour enregistrer ou pour mixer.

Les types de modules Lunchbox

Les modules spécifiques

Certains modules n’existent qu’au format 500. Vous n’avez donc pas le choix si vous désirez un preamp API 512c (en image ci-dessus), une EQ 550A, un deesser Empirical Labs ou un Mister Focus Stage II de Louder Than Liftoff : il vous faudra une lunchbox.

Les versions réduites

Quasiment tous les fabricants proposent désormais des versions 500 series de leurs racks classiques. Ceux-ci ont du faire des adaptations la plupart du temps pour arriver à un rendu qu’ils estimaient à la hauteur.

C’est surtout vrai pour les plus références les anciennes (les plus réputées souvent), la conception de la production d’aujourd’hui prend généralement directement en compte l’adaptation vers un module 500.

Les modules modulaires

Certains modules vous proposent de compiler différents effets au sein d’une même tranche format 500. Il s’agit du concept de Colour Module lancé par le collectif DIYRE  DIY Recording Equipment. Il s’agit de modules sonores conçus sur un petit support qui vient se clipser sur votre module.

Vous pouvez par exemple combiner un preset de réglages de compresseur 1176 avec une EQ Pultec dans les colour modules de différents fabricants.

Du modulaire dans le modulaire, au pays des DIYers.

Les modules qu’on espère alias les racks inadaptables

De par l’espace réduit, certaines grandes marques ne savent pas adapter leurs technologies au format 500. Du moins pour le moment. Je pense à Universal Audio, Manley, Tube-Tech, … dont les plugins restent les versions les plus abordables pour le commun des ingénieurs du son.

Avantages & inconvénients du format Lunchbox

Métissage à prix réduit

L’avantage de cette alimentation externe, c’est que les modules sont moins onéreux du fait de l’économie réalisée sur cet étage. Bien sûr, le châssis/alim est un investissement en soi, mais cela reste moins cher d’acheter une lunchbox pour y coller une sélection de préamplificateurs Neve, API et SSL, que d’acheter leur équivalent en rack 19 pouces.

Qui plus est l’aspect modulaire permet à chaque ingénieur du son de créer sa chaine spécifique. Un préamp Neve qui passe dans une EQ SSL avant de finir dans un compresseur API : c’est possible !

Vous pouvez ainsi varier les plaisirs, compiler vos préamplis préférés et combiner selon vos envies et besoins.

Encombrement réduit et portabilité

J’ai parlé du prix ci-dessus, mais les racks 19 pouces occupent également beaucoup d’espace. Dans le cadre de home/project studio souvent déjà bondé, le gain de place qu’offre le format 500 est non négligeable.

N’oublions pas non plus que c’est aussi dans un souci de portabilité que les châssis ont vu le jour, cet objectif originel est conservé : vous pouvez l’utiliser facilement en déplacement pour un changement de pièce, en studio mobile ou même pour des lives. Une lunchbox peut facilement remplacer votre ampli basse, ou assurer que votre chaine d’effets voix qui vous fait sonner comme Sinatra soit la plus respectée possible.

Flexibilité

Interchanger les modules est d’une simplicité enfantine : 2 vis à enlever, on retire le module et on y place un autre. On revisse et le tour est joué. Le chainage est tout aussi facile : quelques jacks et XLR et on est prêt à commencer ses tests.

Vous passez d’une configuration enregistrement le matin à un setup de mixage pour votre Mix Bus l’après-midi et un config live pour le soir. Easy Peasy, c’est vraiment top.

L’alimentation partagée

Selon les spécifications de la VPR Alliance, la Lunchbox délivre un voltage de +/- 16V et +48V pour l’alimentation fantôme des micros, tandis que le courant est défini à 130 mA par slot.

Ces spécifications ont posé pas mal de soucis aux ingénieurs d’autres marques ayant développé leurs périphériques 19″ avec du 24V ou plus. Il a fallu s’adapter, trouver des compromis ou renoncer.

Pour certaines technologies comme les préamplis à lampes, c’est carrément impossible de procurer les 250V nécessaires à l’exploitation d’une 12ax7 sans passer par un converteur/multiplicateur de voltage. Certains ont réussi, comme Mark and Scott LaChapell avec leur préamplificateur LaChapell 583s mkII ou Rolls Music avec le Tubule pour ne citer qu’eux. Cela reste assez marginal dans l’industrie par rapport au nombre de préamp à transistors actuellement disponible.

Les préamplis sans transformateur sont un autre type de modules qui peut poser problème. Ils produisent un son très clean et sans coloration, une caractéristique recherchée par les ingénieurs pour la pureté de la reproduction de certaines sources.
L’inconvénient est que le signal requiert plus de courant pour être amplifié correctement sans l’appui d’un transformateur… et au format 500, ça pose problème au vu des limitations !

Certains petits malins ont contourné le problème de l’alimentation jugée faiblarde par certains. Pas assez de jus avec 1 slot ? On va prendre 2 slots, soit 260 mA. Et roulez, jeunesse !

La dimension des modules

Le peu d’espace disponible est une contrainte technique supplémentaire pour les constructeurs désirant miniaturiser leurs références 19 pouces. Certains ont fait des compromis pour arriver à un résultat identique ou le plus proche possible de leur version rack, d’autres ont du renoncer.

C’est grâce à l’astuce de doubler l’espace que le fabricant Great River a pu implémenter une copie conforme de son préamplificateur MP500NV : pas spécialement pour la puissance nécessaire, mais pour l’espace disponible pour son transformateur !

En plus d’être gourmands en énergie, les préamplis à lampes cités plus haut ont tendance à dégager une quantité non négligeable de chaleur qui ne s’évacue pas toujours de manière optimale selon les châssis. Cela peut avoir un impact sur le préamplificateur en lui-même et sur les autres modules de votre Lunchbox.

Le débat Rack vs 500 series

Les modules 500 sont-ils équivalents aux versions 19 dont ils s’inspirent ? Un débat fait rage dans la communauté depuis des années à ce sujet. Faisons le tour.

D’un côté, on ne peut nier que les concessions techniques faites par la plupart des fabricants tant pour la miniaturisation que pour la gestion de l’alimentation aient un impact certain sur le rendu final. Ca semble assez logique : si on n’utilise pas les mêmes composants et que le schéma n’est pas révisé ou optimisé : quelques différences devraient inévitablement apparaitre.

D’un autre côté, si les grandes marques sortent des modules qu’ils estampillent comme étant des équivalents au format 500 ; c’est qu’ils sont convaincus que leur produit est au plus proche de l’original avec les possibilités techniques actuelles. Pour la plupart, ils ont revu leurs schémas pour s’adapter aux normes de la VPR, notamment pour pallier à l’alimentation plus faible.

Ces ténors de l’Audio Pro n’ont aucun intérêt à proposer des produits de moindre qualité que leurs produits phares – l’économie de l’alimentation partagée et autres bénéfices du format 500 étant suffisamment importante par rapport aux racks 19 pouces pour les acheteurs potentiels.

Je pense que la vérité est un peu ailleurs : peu de personnes ont la chance de posséder les 2 versions, ou ont eu l’opportunité de travailler avec les 2 unités en même temps pour un vrai comparatif A/B. Qui plus est, ces personnes ne sont pas forcément celles qui viennent s’étaler sur les forums pour faire avancer le smilblick. Les marques pourraient cependant communiquer plus clairement à ce sujet ; ce serait tout à leur honneur.

Je veux bien croire qu’il y ait de subtiles différences, notamment dans le comportement de la machine. Les témoignages les plus explicites que j’ai pu recueillir en scrapant les Internets relatent pour certains modules, une tendance à saturer un peu plus vite, et des potentiomètres proposant une progressivité moindre dans les réglages. Et ce n’est pas une généralité, loin de là.

Pour le coup, si ce ne sont pas des jumeaux identiques, ça n’en reste pas moins des jumeaux !

Conclusion

Dans le cadre d’un home/project studio ambitieux, l’apport des couleurs des préamplis, EQ et compresseurs est indéniable aussi bien à l’enregistrement qu’au mixage par rapport aux préamplis qu’on retrouve dans les cartes sons qui nous équipent généralement à notre niveau (RME, Focusrite, Motu, etc …).

Si on retrouve les modules 500 aussi dans les grands studios, ce n’est pas pour rien. Leurs qualités sont indéniables et leur filiation avec leur frère 19″ est clairement établie comme étant très proche, voire similaire.

Les prises guitares et voix que je réalise depuis quelques années avec mon couple de préamplis Shadow Hills Mono Gama et Neve 1073 lb sont bien plus organiques que dans celles réalisées directement dans les préamplis de la carte son RME Fireface, qui est pourtant une des meilleures interfaces du moyen de gamme.

Il n’y a pas photo : c’est un plus non négligeable, mais pas à portée de toutes les bourses ! La pente est raide pour gravir les derniers échelons de la quintessence audio : comptez en moyenne entre 500 et 1200 euros par module.

L’alimentation des modules étant souvent « au coeur du débat », vous l’aurez compris : il est important de choisir un châssis alimenté de qualité, surtout si vous envisagez des modules un peu gourmands en courant.

La Lunchbox classique d’API, la série OST d’Heritage Audio, les châssis Purple Audio ou encore ceux de Rupert Neve Designs sont d’excellentes références. (ndlr J’ai personnellement eu quelques soucis à l’installation de mon Power Strip Radial, ainsi que l’alimentation qui a lâché début 2019 – donc je ne vais pas spécialement vous le recommander 😉 )

Par ailleurs, même si je suis un convaincu du format 500 et au vu de ce dont j’ai parlé dans les inconvénients ci-dessus, j’aurais quand même tendance à privilégier le format rack pour les unités sans transformateurs ou à lampes qui nécessitent une alimentation puissante au petit oignon pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Ou du moins, me limiter et ne pas faire une lunchbox full lampes.

Le mieux, ca reste de varier les plaisirs 😉 A vous de choisir.

 

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mxv